François-Guy Thivierge: L’aventurier aux 7 sommets

Dans ma quête d’aventure, je suis allé à la rencontre de François-Guy Thivierge. C’est à son école d’escalade, le Rock Gyms, dans la ville de Québec que m’a accueilli cet alpiniste hautement expérimenté pour cette interview. La dernière expédition de l’aventurier fut de gravir le Mont-Logan situé au Yukon, au Canada. Une petite balade pour l’homme qui a à son actif les plus hauts sommets du monde?

Peut-être pas. Chaque montagne semble avoir son caractère.






AL - J’aimerais que vous me parliez de la montagne que vous avez escaladée récemment, soit le Mont-Logan.

FGT - C’est une superbe belle montagne. C’est la plus haute montagne du Canada, 5959 m. C’est l’une des plus grosses montagnes au monde de par son volume. C’est une montagne qui a 20 km par 5 km de surface avec un plateau à 5000 mètres. C’est une montagne qui se fait nécessairement avec des skis, des peaux de phoque ou en raquette. Nous, nous avons choisi d’y aller avec des skis.

Nous sommes partis, une équipe de 4 personnes, avec un guide qui nous attendait là-bas qui s’occupait de ce qui était de la logistique au niveau du transport et de la nourriture. Nous avons pris toutes les mesures au niveau logistiques pour nous faciliter la tâche une fois rendue là-bas.

AL -  Pourquoi avez-vous choisi le Mont-Logan? Il y a pourtant plusieurs autres montagnes dans le monde.

FGT - Celle-là est la plus haute au Canada, je ne l’avais jamais fait et j’avais envie de la faire. Elle est réputée comme l’une des montagnes les plus capricieuses au monde avec des températures qui peuvent aller jusqu’à -50, des vents qui peuvent atteindre les 100 km/h. Elle détient le record de 300 jours de tempêtes par année, en moyenne.

AL – C’est beaucoup de tempêtes (rire). Tout un défi. J’imagine que vous avez affronté beaucoup de difficulté.

FGT - En arrivant, il faut essayer de se rendre sur le glacier avec un avion dès qu’il fait beau. Cela cause une certaine incertitude. On ne sait pas quand nous allons nous rendre sur le glacier.

Une fois arrivé sur le glacier, le prochain défi est de se déplacer avec des traineaux et de monter la montagne graduellement portant de grosses charges de nourriture, de fuel, à ski avec des peaux de phoques.

Tous les jours, nous allons skier entre à 6 et 10 heures pour atteindre un camp. Nous montons notre camp avec nos tentes, nous mangeons et nous dormons. Le lendemain, nous laissons notre camp sur place pour aller porter des bagages un peu plus haut et revenir coucher au camp. Ainsi, le surlendemain, il est beaucoup plus facile de déplacer notre camp plus haut et ensuite revenir chercher notre nourriture. On fait comme les écureuils, nous allons cacher de la nourriture un peu plus haut dans la montagne. Ensuite nous retournons chercher notre camp. Nous montons graduellement de cette façon plusieurs fois pendant 15 jours pour atteindre le camp #5.

AL –  Combien de temps pour préparer une aventure comme celle-ci?

FGT - Lorsqu’on est bien expérimenté, c’est moins long, mais lorsqu’on commence et que c’est nos premières expéditions, on peut passer des semaines, même des mois à se préparer. On ne peut pas non plus comparer la préparation du Mont-Everest à celle du Mont-Logan. J’ai pris 2 ans à me préparer pour le Mont-Everest tandis que le Mont-Logan, j’ai pris une quarantaine d’heure échelonnée sur un mois; préparer mon matériel, acheter du bon matériel, vérifier mon matériel. Mon entrainement est continu depuis plusieurs années, alors je n’ai pas d’entrainement spécifique à faire. Tout ce que j’ai à faire c’est des choses comme de m’habituer à mes bottes de skis.

A.L. – J’imagine qu’aujourd’hui de se préparer à nouveau pour l’Everest prendrait beaucoup moins de temps.

FGT - Mon entrainement continu joue pour beaucoup et en ayant fait la préparation une première fois, il est beaucoup plus facile de refaire le même chemin.

A.L. – Lorsque vous partez, avez-vous toujours une équipe. J’imagine mal quelqu’un partir dans ce genre d’aventure complètement seul.

FGT - Il faut absolument une bonne équipe. Les qualités d’un bon entrepreneur sont de savoir bien s’entourer pour réussir ses objectifs. C’est comme dans toute chose et particulièrement en montagne où nous avons besoins de répartir le poids des bagages, les forces, de s’entraider, etc., et ce, tout au long de l’ascension.

AL – Pour financer vos aventures, je sais que vous avez votre entreprise, mais avez-vous aussi des partenaires financiers ou des commanditaires?

FGT - Ça arrive. Avec un bon programme de communication, on peut obtenir des commanditaires en échange de visibilités et de services, mais c’est certain que ce n’est pas évident pour un débutant de monter un projet qui va attirer l’attention des commanditaires. Il m’est plus facile d’approcher un nouveau commanditaire ou encore une compagnie qui me connait pour leur offrir cette visibilité parce que ça fait 30 ans que je suis dans le domaine, on me connait de réputation et j’ai une école d’escalade.

AL - Comment approcher les compagnies et les commanditaires pour qu’ils soient intéressés à commanditer une aventure?

FGT -L’identification de la compagnie sur des vêtements, sur ton site web, faire des communiqués de presse. Si possible, leur ramener des photos ou des vidéos, offrir de donner une présentation pour l’entreprise qui nous commandite. Elles peuvent demander d’être présent lors d’événement.

Il faut que les compagnies puissent tirer des bénéfices de leur commandite.

AL - Vous avez trente ans d’expérience en escalade, est-ce que vos équipiers on autant d’expérience?

FGT - Des fois ils en ont moins, mais ils ont d’autres qualités. Je suis endurant, d’autres ont des connaissances plus techniques. Certains sont bons avec l’équipement de cuisine, d’autres avec les tentes. Il faut trouver les forces et les faiblesses de chacun.

AL - Est-ce que vous êtes toujours le « chef » d’expédition?

FGT - Cela dépend des genres d’expéditions auxquelles je participe. Les expéditions des sept sommets avec le Mont-Everest, le pôle Sud et le pôle Nord m’ont apporté beaucoup de connaissances et d’expériences pour bien se préparer avant les expéditions.

AL - Quelles sont les difficultés d’avant que vous ne rencontrez plus aujourd’hui?

FGT - C’est certain qu’aujourd’hui il est plus facile pour moi de monter une expédition parce que je suis connu dans le domaine et que j’ai de l’expérience. Les étapes sont plus simples à trouver. C’est un peu comme une recette; il faut mélanger des ingrédients en étapes, sinon, le gâteau ne lèvera pas. Il faut connaître exactement les étapes et les suivre. Il faut se faire des listes : avoir une liste de chose à faire, une liste d’équipement à trouver, une liste d’équipement à vérifier.

AL - Vous n’avez pas atteint le sommet du Mont-Logan. Est-ce un échec?

FGT - Non. C’est une belle expérience d’avoir vécu une équipe, d’avoir su prendre les bonnes décisions. En montagne, c’est comme dans la vie: on ne réussit pas toujours nos objectifs. Il faut donc tirer des leçons, garder ça positif.

AL - Est-ce que vous avez des moyens pour garder la motivation face au froid, aux intempéries lorsque vous montez en montagne?

FGT - Il faut apprécier, premièrement, la qualité des équipements que nous avons aujourd’hui. Il n’y a pas de mauvais climat, il n’y a que du monde mal habillé. Face aux expéditions, il faut se dire que c’est toujours de nouvel environnement où on peut regarder la beauté des paysages; en apprendre toujours sur soi-même et sur les autres. Il y a l’addition de plusieurs montagnes qui motive à en faire d’autres. On gagne de plus en plus de confiance, alors on se dit que ça va bien aller pour la prochaine. C’est toujours motivant de réussir des projets. C’est sûr que si on vit une série d’échecs, c’est plus difficile de continuer, mais il faut toujours voir ça positivement.

AL – Avez-vous des conseils à donner pour un jeune aventurier en devenir?

FGT - Il faut développer des expériences et des connaissances; entrainement physique et mental; le courage et la persévérance. Il ne faut pas abandonner, garder son focus, être bien préparé, être en bonne forme physique et bien s’alimenter. Parce que pour monter une montagne, il faut en brûler de l’énergie. Il faut donc en faire beaucoup avant l’ascension. Il faut bien se connaître soi-même pour connaître ses limites et éviter les accidents.

AL - D’où vient votre goût de l’aventure?

FGT - Depuis que je suis jeune, je vais dans des camps d’été et je fais beaucoup de sport. Cette culture du sport a toujours été nourrie.

AL - Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire votre livre Aux Sommets? Étiez-vous arrivé à cette étape dans votre vie?

F.-G. T. – Non. J’avais trouvé beaucoup de livres sur l’Everest, mais très peu sur les 7 sommets. Et je venais de faire les 7 sommets avec les 2 pôles, alors je trouvais que de raconter mon histoire ferait un bon sujet pour un livre d’aventure et de motivation personnelle.

AL - Avez-vous une idée pour votre prochaine aventure?

F.-G. T. – Oui! Je fais présentement beaucoup de voyage aux États-Unis. Je repars tout le mois d’octobre dans le sud-ouest pour grimper des parois de roche, faire du vélo de montagne, pour m’entrainer. Après ça, pendant le temps des fêtes, je retourne en Argentine pour monter la plus grande montagne d’Argentine, l’Aconcagua. Je l’avais déjà fait une fois, mais cette fois, j’y retourne avec des amis et des clients. Ensuite, au mois de mai, je vais au Groenland faire un voyage avec des Kite et des skis. Nous allons traverser le Groenland du sud au nord. C’est une expédition de 2400 km sur 30 jours.

Peut-être qu’à l’automne 2013 je retournerais dans l’Himalaya pour monter deux montagnes de 8000 mètres.

Éventuellement, peut-être allez faire un voyage dans l’espace.

AL - Est-ce qu’il y a des aventures que vous avez le plus aimé ou que vous avez gardé de meilleurs souvenirs que d’autres.

F.-G. T. – Le Mont-Everest… L’antarctique aussi. Le pôle Nord. Les trois pôles qu’on appelle. C’est hot! C’est de beaux projets. Les 7 sommets ont été un gros morceau aussi.

AL - Est-ce qu’il y en a d’autres que vous avez trouvé plus difficiles ou que vous feriez autrement?

F.-G. T. – J’ai réussi les 7 sommets en sept tentatives. Un 7/7! Je ne pouvais pas mieux demander comme période météo pour chaque montagne. Tout a bien fonctionné, les étoiles étaient bien alignées. Des fois, il faut attendre plusieurs années avant que les étoiles se réalignent.

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About A. Legare

Blogueur à temps partiel sur le monde de l'aventure, Alexandre explore le monde de l'aventure et de l'expédition depuis 2 ans. Il profite des possibilités que lui offre son blogue pour laisser une trace de ses expériences pour que d'autres en profite ou s'en inspire.
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One Response to François-Guy Thivierge: L’aventurier aux 7 sommets

  1. Pierrot says:

    Merci pour cette interview. Vraiment très intéressante.

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